Stratégie gagnante

Plus on regarde le petit écran, lit les grands médias ou écoute les radios, plus on a l’impression d’être pris pour des truffes.

Pendant des décennies, on nous a répété que la seule voie économique et sociale était celle de la concurrence et du sacro saint « marché ». Ce dogme absolu s’imposait à tout le monde. Tous ceux qui ne se rangeaient pas derrière cette doctrine étaient soit des ringards, soit des incompétents, voire les deux.

Devant la crise financière et économique qui vient d’éclater, les décideurs essaient de nous faire passer les vessies pour des lanternes. Ils étaient tellement dans leurs certitudes qu’ils ne pouvaient même pas imaginer ce qui arrive aujourd’hui. On a l’impression à les entendre qu’on est victimes d’un phénomène naturel du type tornade ou séisme : c’est la faute à pas de chance, c’était imprévisible.

Aujourd’hui, il faut sauver « le soldat Ryan » : c’est la panique à bord, mais il faut préserver coûte que coûte le système. On a volé au secours des banques, pour la modique somme de 2000 milliards d’euros en Europe et 360 milliards d’euros en France. Un fonds national est créé, la gestion est confiée à qui, à l’état ? Pas du tout, aux banquiers eux-mêmes. Pour le coup c’est comme si l’on confiait les canadairs à des pyromanes.


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Luc Gomez, Président de la CAR
Mais d’où vient tout cet argent ? Il y a peu, on nous expliquait que les caisses étaient vides, qu’il n’y avait plus d’argent pour le social. Que le trou de la sécu qu’on qualifiait d’abyssal (7 petits milliards d’euros) justifiait de nouveaux sacrifices après ceux consentis par la réforme du régime de retraite. Alors soit il y a de l’argent, soit on préfère le donner à la finance et aux « riches » plutôt qu’à la population, et aux citoyens.

On nous dit aussi que cela ne nous coûtera rien, que c’est du virtuel. Moi je veux bien, mais pas évident de trouver un commerçant qui accepte un paiement virtuel. Si c’est possible pour le système bancaire, pourquoi ne pas financer tout le reste en argent virtuel ?

Comment accepter qu’à cause de la spéculation, un enfant meure de faim dans le monde toutes les 3 secondes ? Alors que les spécialistes disent qu’il y a de quoi nourrir 20 milliards d’individus, et que nous sommes seulement 6 milliards sur cette terre. Les responsables de ce crime contre l’humanité ne relèvent-ils pas du tribunal de La Haye ? Avec 82 milliards on stopperait les épidémies et la faim dans le monde...

Il est temps de remettre en cause les choix qui nous envoient tous dans le mur. De développer, comme aux échecs, une stratégie gagnante pour tous. Il faut remettre l’humain au cœur des politiques, avec de vraies instances démocratiques, avec des représentants intègres, au service de la collectivité et des citoyens. Retrouver les valeurs qui sont au cœur de l’action de la CCAS : la solidarité, la tolérance, l’émancipation.

Luc Gomez
Président de la CAR

le 1er novembre 2008.
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