J’ai vraiment l’âge idéal pour dépasser la barre des 2600 mais je ne veux pas tout sacrifier pour la carrière au détriment de ma famille et de ma fille.
GB- Alexandra, un titre de championne d’Europe, championne du monde en titre et une petite fille adorable. Que peut-on encore désirer ?
Alexandra Kosteniuk : Je ne précise jamais ce que je souhaite vraiment. Lorsque je joue aux échecs, j’aimerais progresser et jouer encore mieux. Maintenant, après avoir obtenu tous ces titres, je veux seulement étudier les échecs et trouver du plaisir en jouant.
GB- Vous avez relativement peu joué en 2008, je sais que vous jouez pour gagner mais obtenir le titre de championne du monde était-il une petite surprise pour vous ?
AK- Je me suis entraînée très sérieusement depuis janvier. Je n’ai pas eu beaucoup d’opportunités pour participer à de forts tournois. Maintenant c’est plus difficile car je ne peux jouer et m’occuper de ma fille simultanément. Je n’ai joué que l’Open de Paris, ça ne s’est pas très bien passé mais c’était un très bon entraînement. En ce qui concerne le championnat du monde on ne peut pas vraiment se préparer car, avec le système d’élimination directe, il est difficile de prévoir ce qui va arriver.
GB- Pouvez vous apporter un commentaire sur votre jeune rivale Hou Yifan, 14 ans, qui a failli se qualifier, ici au Cap, pour les quarts de finale ? Elle a réussi à éliminer le meilleur Elo, l’Indienne Humpy Koneru, lors de la demi-finale du championnat du monde.
AK- Comme je l’ai déjà dit, je suis très heureuse de l’avoir rencontrée à ce moment. Si tout va bien elle devrait encore progresser et on ne sait pas jusqu’où elle va pouvoir aller. Peut-être pourra-t-elle même atteindre le niveau de Judit Polgar.
GB- Justement, en parlant de Judit Polgar, êtes-vous motivée pour atteindre le top 20 masculin ou vous limiteriez-vous à défendre votre titre ?
AK- C’est une question très difficile, j’ai encore le temps d’y réfléchir. J’ai vraiment l’âge idéal pour dépasser la barre des 2600 mais je ne veux pas tout sacrifier pour la carrière au détriment de ma famille et de ma fille.
GB- En dehors des échecs, il y a d’autre projets de carrière, par exemple la mode ?
AK- Non, je n’ai jamais été un photo-modèle même si j’ai fait quelques belles photos avec de grands photographes. J’ai plein de projets dans le monde entier ; aux Etats Unis, en Russie. Les échecs sont pour moi comme une deuxième famille. Par exemple, pour promouvoir les échecs nous allons organiser un tournoi pour les jeunes à Moscou « Alexandra Kosteniuk Cup » pour les enfants en dessous de huit ans. J’ai l’espoir que ce tournoi deviendra international, ceci dans une ambiance de vacances où l’on puisse rencontrer des gens tout en jouant aux échecs.
GB- Où vivez-vous exactement, je crois savoir que vous avez souhaité obtenir la nationalité suisse ?
AK- La demande est en cours. Nous n’avons pas encore décidé où nous allons nous établir exactement. L’hiver nous sommes aux Etats-Unis mais dans deux ou trois ans nous devrons prendre une décision pour que ma fille puisse suivre l’école.
GB- Comment jugez-vous la formule ici au Cap ?
AK- Après avoir participé une première fois en 2006, je pensais ne jamais revenir car c’est un tournoi très difficile. Toutefois, je me réjouis toujours de participer à de tels évènements car c’est très instructif. On commet des erreurs et on apprend toujours à tirer profit de ses erreurs. Lors de cette édition, dans la première partie, j’étais complètement gagnante. Dans les trois dernières j’ai perdu alors que deux d’entre elles étaient complètement égales et j’étais même mieux dans la troisième. Par contre, j’ai gagné une très belle partie contre Lahno.
GB- Un commentaire sur la défaite de Kramnik.
AK- C’est très important de bien commencer un match. Par exemple, j’ai bien commencé dans la finale contre Hou Yifan alors que Kramnik a mal débuté avec trois défaites. Après c’était trop tard pour revenir dans le match.
Georges Bertola
Cap d’Agde 31.10.2008